23 octobre 2010

Il aura fallu 10 semaines.
10 semaines, dont 8 à Paris. 10 semaines et 10 jours de rhinopharyngite, une cervicale bloquée suite à un violent choc à la tête, une brûlure au 2e degré à la main droite.
Il aura aussi fallu 3 soirées bières, 1 soirée arrosée de vin blanc moelleux, 3 mojitos, et beaucoup de nuits trop courtes.
Il aura fallu que j'accueille une multitude de nouveaux visages dans ma vie. Il aura fallu que deux personnes auxquelles je me suis attachée m'annoncent leur prochain départ. Il aura fallu que je me dise "encore". Il aura fallu que je dise "non" une fois, et que je repousse tous les autres sans le vouloir.
Il aura fallu une série d'échos, d'artéfacts, de fausses coïncidences, de hasards qui ne se déclenchent pas et de souvenirs qui ne parviennent pas à rallumer le passé.
Il aura fallu 10 semaines à éviter, fuir en avant, toujours. Ne pas s'arrêter surtout ne pas s'arrêter sinon je sais que je vais m'écrouler.
Il aura fallu des heures de métro, des heures de marche à travers Paris, trop tard la nuit ou trop tôt le matin. Et puis de belles après-midi bleues aussi. Ou le soleil qui frôle les corniches blanches du 2e arrondissement, avant que la journée de travail ne commence.
Il aura fallu qu'une nouvelle amitié aussi absurde qu'évidente se noue. Il aura fallu qu'on me raconte une histoire très triste; que je sente chez l'autre, dans ses yeux, dans sa voix, une tristesse qui ne veut pas guérir, et que cela me touche aussi profondément que si sa peine avait été la mienne.
Il aura fallu qu'un chat noir dont l'oeil gauche est toujours humide (à cause d'un canal lacrimal bouché) arrive à la maison pour la semaine et affirme clairement, avec cette assurance aristocratique qui n'appartient qu'aux chats, qu'il compte bien fuir les caresses trop insistantes. Mais qu'il soit là quand même, toujours dans mes pattes quand je cherche mon linge le matin.
Il aura fallu que quelque chose s'amollisse enfin, que quelque chose se détende au fond de moi...

Et là, ce matin, sans crier gare, la digue a finalement cédé. Toute la tristesse accumulée en nappe phréatique sous ma bonne humeur, mon énergie apparemment inépuisable, mon rire communicatif, toute cette tristesse-là s'est déversée d'un coup.

Je commence peu à peu à comprendre pourquoi tu me trouvais "pas sérieuse". Je commence à comprendre ce qui se cache derrière. Tu me répliqueras sans doute "mais tu passes ta vie à comprendre (ou à croire que tu comprends)! Tu passes d'une épiphanie à l'autre. Et pourtant, pas sûr que tu aies quitté un seul instant l'obscurité. Ca ne m'intéresse plus que tu commences à comprendre. J'ai besoin de quelqu'un qui a déjà compris".
Des épiphanies, il y en aura encore. Je suis encore loin d'avoir épuisé ce que tu as pu me dire. Ce qui est reçu travaille toujours en nous pendant des mois, des années. Et tout doucement, tout doucement, j'avance. Le sens monte peu à peu, comme une roche qui affleure. C'est un processus très lent. D'une lenteur géologique. D'une lenteur qui me rend parfois folle. Mais inévitable et salutaire.

Une fois encore, tu dois avoir l'impression que je suis dans un monologue dont tu n'es que le catalyseur. Je dois encore te donner l'impression d'être instrumentalisé, vidé de toute ta substance humaine. Juste un miroir, un filtre, une figure symbolique. Une allégorie qui assure un passage, le saut d'un état à un autre. La charon qui me guide à travers mes propres enfers, m'aide à fouiller les tréfonds de mon obscurité intérieure.
J'aimerais te dire que c'est faux. Que tu n'es pas que cela. Que tu n'as pas été que cela pour moi, même si malgré toi, tu continues de me faire avancer. Mais je ne suis pas sûr que je parviendrai à t'en convaincre un jour. Et après tout, quelle importance finalement.

C'est drôle, mais j'ai de plus en plus envie de déménager. Me trouver un endroit à moi. Quitter le 19e. Ca n'a plus de sens de vivre ici. Tu es trop proche. Et maintenant, je ne vois plus l'intérêt de guetter le hasard d'une rencontre, dans un mélange de crainte et d'espoir.
Tu ne fais plus partie de ma vie. Et j'ignore si tu en referas un jour partie. J'arrive enfin à accepter que ce ne soit plus jamais le cas.
Je garde précieusement ce que tu m'as donné. Et ça suffit. D'autres m'apportent aujourd'hui ce dont j'ai besoin.
Il y a quelque chose de différent, maintenant.

Posté par commeuneheroine2 à 09:53 - - Commentaires [0] - Permalien [#]


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